Réseaux sociaux et troubles du comportement alimentaire : le mal du siècle ?


Introduction

Les réseaux sociaux ont fait leur apparition dans notre quotidien depuis plusieurs années. Avec l’évolution numérique, l’accès constant sur nos téléphones, ils sont désormais omniprésents et permettent de dépasser les frontières territoriales.

Un réseau social peut se définir comme « service en ligne permettant à ses utilisateurs de publier les contenus de leur choix et de les rendre ainsi accessibles à tout ou partie des autres utilisateurs de ce service »1.

Certains les considèrent d’ailleurs comme étant le mal du siècle, puisqu’ils ont un véritable impact sur la santé mentale et par conséquent la santé physique de la population mondiale.
Leur influence peut s’étendre jusqu’au domaine de l’alimentation, et plus particulièrement des troubles du comportement alimentaire.

D’après le DSM-V2, les troubles du comportement alimentaire se caractérisent par des perturbations persistantes de l’alimentation ou du comportement alimentaire entraînant un mode de consommation pathologique ou une absorption de nourriture délétère pour la santé physique ou le fonctionnement social.

Différents troubles en découle comme, par exemple, l’anorexie mentale (anorexia nervosa), la boulimie (bulimia nervosa) et les accès hyperphagiques (binge-eating disorder).

Nous pourrons nous questionner dans un premier temps sur l’impact qu’ont les réseaux sociaux sur les comportements alimentaires de la population. Puis dans un second temps nous nous interrogerons sur le lien qu’il peut exister entre les réseaux sociaux et les troubles du comportement alimentaire. Enfin, nous nous intéresserons à la sensibilisation et à la prévention des réseaux sociaux sur les troubles du comportement alimentaire.

Nous pourrons alors nous demander si le développement des réseaux sociaux dans nos foyers joue un rôle dans l’apparition de troubles du comportement alimentaire, et plus généralement sur la santé mentale.

I. Impact des réseaux sociaux sur les comportements alimentaires

Les réseaux sociaux sont omniprésents dans notre quotidien et nous accompagnent dans chaque lieu que nous visitons. Ils ont changé notre manière de communiquer, de partager et d’apprendre. Il est désormais possible en un clic de partager les dernières tendances à nos proches, qu’ils soient dans la même ville ou dans un pays différent.
Cette ampleur que prend les réseaux sociaux touche de nombreux sujets, et notamment l’alimentation depuis quelques années. En effet, nous sommes exposé à de plus en plus de contenus liés à l’alimentation.
Il est possible de créer des groupes de cuisine, de recettes dans lesquels on s’échange notre semaine de menus.

Avec l’émergence d’Instagram et de TikTok, ce sont les photos et les courtes vidéos qui sont mise en avant sur ce qu’on appelle notre « feed ». Instagram rassemble 58 % des 11-14 ans et 89 % des 15-18 ans, Tiktok est passé de d’environ 30 % à presque 50 % d’utilisateurs chez les 11-18 ans de 2020 à 20213. Ces réseaux ont de nombreux avantages, ils nous permettent de trouver de l’inspiration quotidiennement grâce à des recettes plus ou moins simples partagées par des millions de personnes. Des conseils culinaires voient le jour et des photos de préparations alléchantes nous mettent l’eau à la bouche. De plus, il est possible de partager des recettes ou des listes de course en un clic avec ses proches. La créativité que l’on retrouve sur ces plateformes est sans limite.

Néanmoins, le contenu publié peut être partagé par n’importe qui, et ce ne sont souvent pas des professionnels de santé. Cela à un côté dangereux puisque les informations ne sont pas toujours vérifiées et le manque d’exactitude peut entrainer des attitudes, des croyances et des comportements alimentaires inadaptés.

Depuis l’apparition du métier de créateur de contenu, ou « influenceur » comme on les nomme plus couramment, un plus grand nombre de followers peut être influencé sur ses choix alimentaires et ses habitudes alimentaires. L’irruption de nouvelles tendances alimentaires, de régimes « miracles », de détox, de jeûne intermittent et d’un mode de vie sain peut changer les attitudes de personnes envers la nourriture.

Il est aussi important de prendre des précautions sur les conseils transmis. Bien que certaines personnes souhaitent privilégier une alimentation équilibrée, cela peut rapidement tomber dans l’excès. Cette promotion d’une alimentation saine dit « parfaite » ou encore « idéale » peut avoir une véritable influence sur les habitudes alimentaires d’une personne.

Le côté inatteignable des idéaux sociétaux peut provoquer une pression sociale dû à l’envie de l’individu d’appartenir à un groupe. Effectivement, le culte du corps mince est toujours d’actualité et d’autant plus sur les réseaux sociaux. Il suffit de « scroller » pour voir apparaitre une multitude de corps minces et musclés, parfaits selon la norme, qui suivent des régimes alimentaires et ont des comportements alimentaires pouvant être néfastes pour l’organisme. Ces corps sont omniprésents sur les réseaux et sont pour la plupart retouchés (annexe 1), ce qui touche à l’image de soi.

La perception de l’image de soi et plus particulièrement de son corps est essentielle, suite aux nombreuses photos auxquelles nous sommes continuellement exposé, cette image peut se voir détérioré.

Les réseaux sociaux encouragent, malgré eux, la comparaison. Nous nous comparons aux autres, nous nous trouvons des nouveaux défauts, des choses à changer dans notre alimentation et sur notre corps. Cette comparaison peut amener certaines personnes à développer des troubles du comportement alimentaire, visant à changer leur perception d’eux même.

II. Lien entre les réseaux sociaux et les troubles du comportement alimentaire

Selon la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), 63% des moins de 13 ans ont au moins un compte sur un réseau social4.

La relation entre les réseaux sociaux et les troubles du comportement alimentaire est de plus en plus reconnue par les scientifiques. Les réseaux sociaux peuvent avoir un impact significatif sur la façon dont nous percevons notre corps, notre alimentation et notre santé mentale en général. Plusieurs études ont montré que les personnes qui passent plus de temps sur les réseaux sociaux sont plus susceptibles de développer des troubles du comportement alimentaire, tels que l’anorexie, la boulimie ou l’orthorexie.

Une des raisons pour lesquelles les réseaux sociaux peuvent affecter notre comportement alimentaire est l’exposition aux images de corps « parfaits » et « idéaux » sur les médias sociaux. Les utilisateurs peuvent facilement accéder à des photos de personnes qui ont des corps irréalistes, qui sont souvent retouchées ou filtrées. Ces images peuvent conduire à une comparaison sociale et à un sentiment d’insatisfaction corporelle, qui à son tour peut conduire à une préoccupation excessive de la nourriture et à des comportements alimentaires désordonnés.

En outre, les réseaux sociaux peuvent également promouvoir des tendances alimentaires restrictives et compulsives. Les régimes restrictifs tels que le régime cétogène sont souvent promus sur les réseaux sociaux comme étant bénéfiques pour la santé et la perte de poids.

Cependant, ces régimes peuvent avoir des effets néfastes sur la santé mentale et physique, et peuvent conduire à une obsession malsaine pour la nourriture et le corps.

Enfin, les réseaux sociaux peuvent également faciliter l’isolement social et la stigmatisation des personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire. Les forums et les groupes de soutien en ligne peuvent fournir un soutien émotionnel, mais ils peuvent également renforcer des comportements alimentaires désordonnés et des pensées négatives liées à l’image corporelle.

Les sites pro-ana (anorexique) et pro-mia (boulimique) prolifèrent et sont un grand danger pour les personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire. Et les commentaires négatifs sous les photos publiées concernant le physique peuvent avoir un impact non négligeable.

En somme, la relation entre les réseaux sociaux et les troubles du comportement alimentaire est complexe et multifactorielle. Les réseaux sociaux peuvent avoir un impact significatif sur notre comportement alimentaire, mais il est important de noter que les médias sociaux ne sont pas la seule cause des troubles du comportement alimentaire. Les facteurs génétiques, environnementaux et sociaux doivent également être pris en compte dans la compréhension et le traitement de ces troubles.

III. Prévention et intervention

Comme précédemment évoqué, les réseaux sociaux ont une influence sur les troubles du comportement alimentaire. C’est pourquoi, il est nécessaire de sensibiliser les utilisateurs aux risques potentiels sur les comportements alimentaires.
S’ils suivent des personnes qui promeuvent une alimentation dangereuse, qui manque d’aliments, il est aussi nécessaire de promouvoir une alimentation saine et équilibrée sans pour autant partir dans l’extrême de l’orthorexie5.

Encourager une image corporelle positive et une bonne estime de soi, et ceci indépendamment de ce que nous pouvons voir sur les réseaux sociaux. C’est à dire montrer aux personnes que chacun à sa propre morphologie, et qu’on ne doit pas forcément être mince pour se sentir bien dans sa peau.

C’est notamment le cas du mouvement « body positive », qui est un mouvement qui promeut l’acceptation de chaque corps humain, qu’il est plus ou moins de forme. Il s’agit de s’assumer et de s’accepter tel que l’on est, malgré nos différences.

En complémentarité de tous ces points, il serait intéressant de donner accès à des ressources d’aide et de soutien pour les individus ayant des troubles du comportement alimentaire.

De plus, la question de la majorité numérique à quinze ans se pose. En effet, « les textes ne reconnaissent pas une « majorité numérique globale » à 15 ans. Le RGPD ne consacre donc pas la capacité du mineur à s’inscrire seul sur un réseau social »6. Ce qui veut dire que cela relève encore de l’autorité parentale.

Conclusion

En somme, l’émergence des réseaux sociaux a un impact sur les comportements alimentaires et les troubles du comportement alimentaire. L’addiction à ces plateformes sociales, la recherche de validation et d’approbation ainsi que le culte du corps parfait participent au développement des troubles du comportement alimentaire.

Il est important à notre époque, de prendre véritablement conscience de cette problématique et que les institutions mènent des actions de prévention et d’intervention afin de limiter les dommages provoqués par les réseaux sociaux.

Promouvoir des comportements alimentaires sains et une image corporelle positive est bénéfique mais à néanmoins ses limites, notamment sur l’influence que cela peut avoir sur la santé mentale et physique des individus.

Il est désormais plus simple de comprendre en quoi certains individus voient les réseaux sociaux comme « le mal du siècle », l’influence et les conséquences de leur utilisation sont massives et sont à prendre au sérieux.

Se questionner quant aux autres impacts des réseaux sociaux sur la vie quotidienne des utilisateurs pourrait s’avérer intéressant afin de limiter les conséquences sur le futur.

Résumé en anglais

To conclude, the emergence of social networks has an impact on eating behaviors and eating disorders. Addiction to these social platforms, the search for validation and approval, and the cult of the perfect body contribute to the development of eating disorders.

It is important in our time to become truly aware of this problem and that institutions carry out preventive and intervention actions in order to limit the damage caused by social networks.

Promoting healthy eating behaviors and a positive body image is beneficial but nevertheless has its limits, in particular on the influence it can have on the mental and physical health of individuals.

It is now easier to understand why some people see social networks as « the evil of the century », the influence and the consequences of their use are massive and must be taken seriously.

Questioning the other impacts of social networks on the daily life of users could prove interesting in order to limit the consequences on the future.


Bibliographie

(1)  American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (5th ed.). https://doi.org/10.1176/appi.books.9780890425596

(2)  Attia, E., & Walsh, B. T. (2023, 31 janvier). Introduction aux troubles du comportement alimentaire. Édition professionnelle du Manuel MSD. https://www.msdmanuals.com/fr/ professional/troubles-psychiatriques/troubles-du-comportement-alimentaire/introduction-aux- troubles-du-comportement-alimentaire

(3)  Casilli, A. A., & Tubaro, P. (2016). Le phénomène «pro-ana»: troubles alimentaires et réseaux sociaux. Presses des Mines via OpenEdition.

(4)  Recommandation 1 : encadrer la capacité d’agir des mineurs en ligne | CNIL. (2021, 9 juin). https://www.cnil.fr/fr/recommandation-1-encadrer-la-capacite-dagir-des-mineurs-en-ligne

(5)  Remise du rapport de la mission de régulation des réseaux sociaux. (2019, 10 mai). numerique.gouv.fr. https://www.numerique.gouv.fr/actualites/remise-du-rapport-de-la-mission- de-regulation-des-reseaux-sociaux/

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